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“Je t’aime bien mais je n’aime pas ton image”

Hommage au Rodin TV de Nam June Paik

translation coming soon
Pierre-Alain Challier galery, Collective exhibition Masculine nude, 2016, Paris France
Wood, sheet, living model, camera, video projector, mix table


    Un modèle vivant (Arthur Gillet) interprète différentes poses connues de l’art classique (particulièrement des Vénus et des Narcisses). Filmé en temps réel et projeté, on peut n’en voir que son image d’un côté de l’espace, ou bien la confrontation entre le modèle et son image en reflet. Une maquilleuse (Dyna Dagger) vient interrompre la pose du penseur de Rodin pour appliquer un maquillage adapté à la télévision, mais outrancier dans la réalité. Un régisseur image (Mickaël Renassia) vient contrôler la transmission en live et les défauts liés à la diffusion de l’image. Enregistrée, l’installation rejoue en boucle ce qui s’est déroulé au vernissage, faisant réapparaître l’image du modèle, qui lui a disparu…


    Dans la nécessité du système économique à supporter une croissance exponentielle, la production concrète peut sembler trop lente. Dès lors, l’abstraction peut se saisir du réel comme une poursuite constante d’un sentiment de progrès sur lequel s’appuie la légitimité de ce système. Entre optimisme et fuite en avant, les rythmes musicaux s’accélèrent, parfois au point d’éprouver de discrets sentiments de déjà vu, d’enrayements, de bugs (et finalement s’en saisir dans la Vaporwave). Si le personnage Gordon Gekko (Wall Street, Oliver Stone, 1987) débordant de cette énergie exaltante tout autant que de cynisme, s’exclame « I create nothing. I own. We make the rules, pal. », c’est qu’il semble formuler la prophétie d’un monde où l’image du réel est plus effective que le réel. Ainsi la distribution fera bien plus l’abondance ou la pénurie que les producteurs de denrées, les informations (vraies ou fausses) génèreront les émois publics orientant la politique bien plus que l’expérience concrète individuelle, et la communication l’emportera sur le travail plastique physique. Dans ce contexte, le rapport au corps n’y échappe pas. Comme un réflexe, la société produit une littérature sur le narcissisme qui ne cesse d’envahir kiosques et librairies, reformulés sous l’inédite perversion narcissique, sinon hyper-narcissisme. Sont pris à partie les réseaux sociaux, les selfies, comme si ils n’en étaient que la seule expression. Le rôle de l’image du corps prend une place grandissante, comme en témoigne les expositions de nus pour ne pas parler d’internet. Pourtant il faut se demander de quel narcissisme parle-t-on. Clément Rosset (Le Réel et son double), nous suggère que l’erreur mortelle de Narcisse n’est pas « de vouloir s’aimer soi-même avec excès mais tout au contraire, au moment de choisir entre soi-même et son double, de donner la préférence à l’image. (…) Ici, l’image tue le modèle. » Peut-être faut-il dissocier le travail d’améliorer le réel sur son propre corps, que sa représentation en préférant le travail du photographe à celui du modèle, ou à celui-ci de simuler la force et la santé à coup de dopage et de stéroïdes pour mettre celles-ci en péril. Toujours en occident, le corps sensible est dévalorisé au profit d’un idéal théorique : le corps pensé comme limite ou mortel de la philosophie platonicienne et chrétienne, du corps-outil dans le marxisme, du corps-loisir après la tertiarisation, ou bien du corps-image avec l’hégémonie de la photographie, de l’industrie pornographique, du web, des applications de drague et du réseau social. Le corps sensible est avant tout un corps sujet avant de n’être qu’un corps social, qu’une identité.




VIDEO
COMING
SOON



Installation/ Performance - Arthur Gillet
With
Mickaël Renassia - video maker
Dyna Dagger - Performer



Arthur Gillet
54 rue de Turbigo 75003 Paris
+33 6 49 82 24 14
contact@arthurgillet.com